jeudi 4 juin 2015

la Bête

Je prends la plume aujourd’hui, sans mauvais jeux de mots. Je prends la plume, sans parure, sans peur, sans œillères, sans fard et sans cette mauvaise foi qui caractérise la conversation que j’ai eue hier midi avec une enseignante ne possédant aucune qualification en éducation qui relatait béatement les nombreux troubles de sa classe à Mingan.

En prenant la plume aujourd’hui, je ressens le poids de cette armure que je souhaitais solide vis-à-vis les préjugés sur mon peuple, que je constate très fragile, presque de la porcelaine. Une chose polie, longuement admirée. Puis cassante devant le regard de l’autre. Je me tais. Parce que dès qu’une fille à la peau brune tient tête, elle devient bestiale.

Je suis une bête. Instruite. Intelligente. Émotive. Je ne rote pas, je sirote mes mots. Je les bois. Je m’enivre. Mais comme toute gueule de bois, le lendemain est difficile à avaler. Parce qu’une fois seule chez moi, je réalise qu’ils sont dix à ne pas m’aimer, cent à croire que les élèves innus sont incapables,  mille à juger l’homme qui boit dans la rue principale de la réserve, dix milles à ne pas comprendre l’importance de se moderniser dans nos traditions. Des millions, des milliers de millions à croire que nous, premiers habitants de ce territoire, n’avons pas bâti ce pays.

Je mords ma lèvre.Je me retiens. Je me tiendrai debout, demain. Ailleurs. Mon fils quand il aura vingt ans.

Demain, devant cette enseignante de Mingan. Je lui dirai, que nous sommes magnifiques.






4 commentaires:

  1. Bonsoir, Madame!

    Mon nom est Charles Hébert. Je suis un simple homme de 61 ans; je demeure à Boucherville, près de Montréal.
    Je crois que vous êtes Naomi Fontaine, l'enseignante et écrivaine (Kuessipan/À toi). Si ce n'est pas le cas, je m'en excuse; j'apprécie tout autant vos textes, et je vous serais reconnaissant de faire suivre ce commentaire à Naomi Fontaine.
    Je ne comprends pas. "la Bête": un si beau petit texte, très bien écrit. Aucun commentaire, une réaction. J'ai lu un peu en diagonale vos autres textes depuis le 6 juin 2014 (je vais les relire tranquillement, attentivement, et même lire des articles plus anciens.): ils me paraissent tout aussi beaux, tout aussi très bien écrits. Peu de commentaires, quelques réactions. Vous méritez beaucoup plus que ça!
    Qu'est-ce qui m'amène ici? Je viens de lire JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES À moi la colère, à toi la lumière (ce que votre mère vous répète souvent), dans le journal Le Devoir, édition du samedi 20 juin 2015. D'abord, bonne et chaleureuse Journée nationale des autochtones, à vous, et à tous les vôtres! Puis, quant à votre photo: soyez sans crainte, vous n'avez pas l'air d'une autochtone misérable, bien au contraire! Enfin, quant à l'article de Mme Durand, quel portrait effectivement inspirant de vous! Je suis comme ça: des fois, c'est le coup de foudre! Je ne vous connaissais pas. Je ne connaissais pas non plus la réserve d'Uashat. Soyez assurée que je vais acheter et lire avec intérêt votre premier livre! (Je vais aussi essayer de trouver et lire "Puamun, le rêve", paru dans la revue Littoral, je crois, et que vous avez lu récemment au Musée Shaputuan d'Uashat.) Vous m'avez bien fait rire: "J'ai longtemps pensé que Marc-Aurèle s'appelait Marcorèle". Ah! Ah!
    Quel beau métier (ou vocation) que celui (ou celle) d'enseignante!
    « À quoi ça sert, le français ? leur répond-elle avec fougue. Ça sert à écrire comme il faut et à parler comme il faut. Si vous savez lire, écrire et parler correctement, alors personne ne pourra vous dire quoi penser. C’est d’abord ça, la liberté. »
    Oui!
    « Je leur fais des speechs. Personne ne me fera croire que les Innus ne sont pas aussi capables et brillants que les Blancs. Et c’est pas vrai que vous allez venir dormir dans mes cours ! »
    Oui!
    Félicitations à votre mère, et à cette indépendance d'esprit qu'elle vous a transmise!
    « Tout le monde pense pareil (à Uashat (et pas seulement là)) ! Alors qu’il devrait y avoir autant de façons de penser qu’il y a d’Innus. »
    Oui! (Mais faites attention, quand même; si vous dérangez beaucoup dans votre communauté, pensez d'abord à votre sécurité, et bien sûr à celle de votre fils.)
    La Commission de vérité et réconciliation et le drame des pensionnats autochtones, de même que les meurtres et les disparitions de femmes autochtones partout sur le territoire du Canada (mais surtout dans l'ouest, je crois) ont ramené les gens de votre peuple sous les feux de l'actualité. J'ai lu quelque part (je ne me souviens pas où, ni de qui) qu'on est le mieux jugés par la façon dont on traite nos minorités; j'y crois fermement. Je suis de ceux qui croient qu'il est grand temps que vous, les autochtones, nos soeurs et frères, soyez autant citoyens québécois, canadiens que nous tous, que vous ayez droit aux mêmes conditions de vie que nous; rien de moins. Je continue à lire, réfléchir sur cette question importante, afin d'essayer de passer ensuite à l'action. On ne demande pas mieux que d'être éclairés, guidés par vous, les premiers touchés.
    Non, personne ne devrait avoir honte d'être Indienne, Indien.
    « Ça sert à ça, l’amitié et le dialogue entre les cultures. »
    Oui!
    (Voir suite, prochain commentaire)

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  2. (Suite et fin)
    « Pour mes élèves, je souhaite qu’après le secondaire, ils aillent au cégep et à l’université. Et pour mon peuple ? Qu’un jour, il fasse l’envie des autres peuples, avec de spectaculaires taux de réussite. »
    Oui!
    « Une petite maison et une galerie en bois d’où je verrais et entendrais la mer avec Marc-Aurèle, à qui toutes les portes de l’avenir seront ouvertes. »
    Je vous le souhaite de tout coeur! Et plus encore!
    « Pour voir plus loin que ce que les yeux voient. »
    Voilà!
    Quant à votre français, quant à votre style d'écriture, à mon humble avis, du talent, vous en avez!
    Avec beaucoup de respect et d'admiration,
    Charles Hébert

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  3. Oui, vous êtes magnifiques! Passez-leur le message de ma part, à tous ceux de votre entourage, de votre famille, de votre communauté. Il faut le dire et le redire jusqu'à ce que chacune et chacun en soit certain jusque dans ses moindres réflexes. Vous êtes magnifique, au singulier aussi. Vous avez la magnificence et la lumière et la poésie et la bravoure. Que la vie soit bonne pour vous et les vôtres.

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  4. The Beast (French: La Bête) is a 1975 X rated French erotic fantasy horror film written, edited, and directed by Walerian Borowczyk. Although sometimes ...
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